Les raisons d’avoir un réseau alumni dépassent largement le service qui le porte au quotidien. Carrière, admissions, communication, fondation, direction : chaque équipe de l’établissement y puise quelque chose, souvent sans le dire.
Et pourtant, la mobilisation des diplômés reste modeste. Le CASE a étudié 398 établissements en 2025. La part médiane de diplômés contactables engagés au moins une fois dans l’année y plafonne à 14,7 % (Source : CASE Insights on Alumni Engagement 2025). Comment transformer ce potentiel dormant en levier pour toute l’école ?
Le 15 octobre 2026, nous avons consacré un webinar à cette question. Baptiste Massot, directeur commercial et associé d’Alumnforce, y a déroulé dix raisons concrètes avec deux responsables de réseau aux trajectoires opposées.
D’un côté, Anne Flippe-Meunier, déléguée générale de l’Association des Diplômés Clermont School of Business, avec qui nous travaillons depuis une quinzaine d’années. Son équipe avait déjà témoigné en vidéo de sa façon de rapprocher sa communauté. De l’autre, Sébastien Jannin, responsable alumni de l’ESBanque. Il a lancé il y a un an le premier réseau alumni d’une école qui fête cette année ses 100 ans.

Voir le replay du webinar (40 min)
Les 10 raisons en un coup d’œil
Avant d’entrer dans le détail, voici la grille que nous avons suivie pendant le webinar. Pour chaque raison, nous indiquons les services de l’école qui en profitent.
| Raison | Services concernés |
|---|---|
| 1. Insertion professionnelle | Carrière, relations entreprises |
| 2. Mentorat | Carrière, pédagogie |
| 3. Attractivité | Admissions, direction |
| 4. Marque | Communication |
| 5. Entreprises | Relations entreprises |
| 6. Ressources | Fondation, direction financière |
| 7. Base à jour | Tous les services |
| 8. Enquêtes et conformité | Direction, qualité |
| 9. Formation continue | Formation continue, pédagogie |
| 10. Appartenance | Toute la communauté |
Ce tableau montre une chose simple. Un réseau alumni sert l’établissement entier, à condition que chaque service sache ce qu’il peut y trouver.
Insertion pro et mentorat : les raisons historiques d’avoir un réseau alumni
L’insertion professionnelle reste la première raison citée par Baptiste Massot. Le marché caché de l’emploi pèse lourd, surtout chez les cadres. Selon l’Apec, le réseau relationnel a conclu un quart des recrutements de cadres en 2025 (Source : Apec, Pratiques de recrutement de cadres 2026).
À Clermont School of Business, ce levier prend plusieurs formes. Les « Happy Tuesday » réunissent depuis cinq ans, un mardi par mois, des jeunes diplômés autour d’une spécialisation de l’école. Les étudiants y découvrent un métier concret et des anciens accessibles. Des webinaires animés par des diplômés complètent le dispositif, comme le prochain consacré au marché caché de l’emploi. Nous avions détaillé ce mécanisme dans notre vidéo guider la carrière des étudiants grâce au réseau alumni.
Le World Tour by Alumni va plus loin. Ce rendez-vous à distance prépare les étudiants qui partent étudier à l’étranger. Il s’appuie sur environ 90 diplômés ambassadeurs internationaux, identifiés comme premier contact dans leur pays. Logement, entretien, démarches : tout peut se demander.
Un mentorat qui se construit par étapes
Anne Flippe-Meunier observe une évolution des attentes. Les étudiants s’engagent moins volontiers sur six mois. Ils préfèrent le « meet and share » : une question, une réponse rapide. Sur les 380 communautés que nous accompagnons, nous voyons souvent ce coup de main ponctuel se transformer en mentorat plus long à l’approche du diplôme.
À l’ESBanque, le mentorat fait partie des premières offres lancées. La première version acceptait tous les volontaires, avec une charte. Cette année, une cellule d’alumni reçoit chaque candidat mentor et mentoré, une piste parmi d’autres pour recruter des mentors efficacement. Un échange de 15 minutes suffit. Sébastien Jannin résume l’intérêt : « s’assurer de la légitimité du projet du mentoré, ou en face de la légitimité du mentor ». Dès l’an prochain, chaque nouveau diplômé pourra demander un mentor.
Mentorat alumni : les clés d’un programme qui engage vraiment avec HEC Alumni
Attractivité et marque : vos diplômés parlent mieux de vous que vos plaquettes
Une plaquette décrit une école. Un diplômé la raconte. Pour Baptiste Massot, les alumni sont les premiers prescripteurs de l’établissement, auprès d’un public bien plus large que vous ne l’imaginez. Un ancien interviewé dans Le Figaro ou le Financial Times qui cite son école lui fait une publicité qu’aucune campagne n’achète.
L’ESBanque illustre bien le volet attractivité. Son directeur général, arrivé en 2024, a inscrit le lancement du réseau dans sa feuille de route. L’école est très connue de ses partenaires bancaires et assurantiels. Mais elle l’est moins des candidats, qui peuvent préparer un diplôme de finance presque partout.
Le cercle des intervenants, un relais de marque
La majorité des intervenants de l’ESBanque sont des banquiers issus de l’école : 75 % d’entre eux, selon Sébastien Jannin. L’équipe a donc créé le cercle des intervenants, une sous-communauté qui bénéficie des mêmes services que les alumni. Plusieurs écoles de commerce et d’ingénieurs visent désormais un objectif proche, avec trois quarts des cours assurés par des diplômés. Cela suppose un annuaire des alumni prêts à intervenir, classé par thématique.
Côté marque, Clermont mise sur un temps fort annuel. Depuis trois ans, la soirée Alumni Explore réunit à Paris et en ligne diplômés, étudiants et personnel. L’association cherche des intervenants rares, que les cadres n’ont pas déjà croisés dix fois en conférence. L’an dernier, Laura André-Boyer, instructrice d’astronautes, a raconté son métier. Le 17 novembre, Mathis Dumas, qui a accompagné Inoxtag sur l’Everest, prendra le relais.
Entreprises et ressources : un réseau de décideurs au service de l’école
Un diplômé sorti il y a quinze ans est souvent devenu manager, DRH, dirigeant ou fondateur. Il devient alors un relais naturel pour les partenariats et pour la taxe d’apprentissage. Mais Baptiste Massot insiste sur un point : générer des ressources ne se limite pas à l’argent. Du temps et des compétences comptent autant.
Les chiffres de Clermont parlent d’eux-mêmes. Plus des trois quarts des donateurs individuels de la fondation sont des diplômés, et son premier président l’était aussi. L’association estime qu’environ 14 % de la taxe d’apprentissage provient d’un diplômé. Anne Flippe-Meunier reste prudente sur ce chiffre, car l’origine d’un versement est difficile à tracer.
Qu’est-ce qui pousse un ancien à donner ? « La fibre affective, les bons souvenirs de l’école et la notion d’entraide », répond-elle. Les données du CASE vont dans ce sens. Les diplômés bénévoles sont près de deux fois plus nombreux à donner que ceux qui lisent seulement vos communications. En valeur médiane, 29,2 % contre 15,8 % (Source : CASE Insights on Alumni Engagement 2025).
Quand les ressources sont des dépenses évitées
L’ESBanque ne perçoit pas de taxe d’apprentissage, et son réseau est gratuit par choix de la direction. La parade passe par les partenaires. Des banques et assureurs dont les alumni sont devenus décideurs prêtent leurs espaces pour les cérémonies et conférences, parfois des lieux prestigieux. Une offre premium payante arrivera l’an prochain pour des formats plus longs, comme des séminaires. Ce qui est gratuit le restera.
Baptiste Massot a partagé une autre piste, vue dans une association de diplômés. Celle-ci a créé une adhésion en heures plutôt qu’en euros : cinq ou dix heures données dans l’année au service de l’école. Une formule qui contourne la question des écarts de revenus entre membres.
8 stratégies de financement pour atteindre l’auto-financement de votre réseau alumni
Base à jour et enquêtes : la donnée conditionne tout le reste
Une base de diplômés à jour sert d’abord à répondre aux obligations. Enquêtes RNCP, Qualiopi, classements du Financial Times ou de L’Étudiant : toutes demandent de savoir ce que deviennent vos anciens. Sans données fiables, impossible de cibler, de mesurer ou de prouver quoi que ce soit.
Sébastien Jannin a suivi deux principes. D’abord, partir des alumni dont la donnée est propre : les jeunes diplômés, que l’école connaît bien, et les anciens déjà ambassadeurs. Ensuite, structurer la communauté avec des rôles : ambassadeur, capitaine de promo, fondateur. Un diplômé qui porte un rôle a une raison de tenir son profil à jour.
Une base commune pour sortir des guerres de chapelle
Baptiste Massot a raconté l’histoire de son école, NEOMA, évoquée lors d’une interview aux Rencontres Alumnforce 2026. Pendant longtemps, l’école et l’association se disputaient la propriété de la base de données. Une base mise à jour automatiquement chaque mois leur a donné un terrain d’entente, et une raison de retravailler ensemble.
À Clermont, l’association a tout essayé : étudiants, stagiaires, CDD, campagnes de mise à jour. Le déclic est venu de DataSync, la mise à jour automatique des contacts proposée par Alumnforce. Anne Flippe-Meunier ne cache pas l’impact :
« En toute honnêteté, je revis, et on revit, grâce à la mise à jour automatique tous les mois de DataSync. On a enfin une base de données à jour. Tous les services de l’école qui en ont besoin peuvent faire leur requête, et ils savent que la data est à jour. Par le passé, ils faisaient une requête, la data n’était pas à jour, et ils ne revenaient pas. »
Anne Flippe-Meunier, déléguée générale, Clermont School of Business Alumni
L’enjeu dépasse le confort de l’équipe. Sans savoir où vivent les diplômés, inutile d’organiser un événement dans une ville plutôt qu’une autre.
Une bonne pratique a aussi été évoquée : créer un profil « journaliste » à accès restreint, limité aux ambassadeurs que vous avez identifiés. Les journalistes cherchent souvent un profil très précis, à trouver en 24 heures. Leur donner un accès direct vous fait gagner du temps et de la visibilité.
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Formation continue et appartenance : le diplôme ne clôt pas la relation
Les formations évoluent vite, et vos diplômés ne le savent pas toujours. Combien d’entre eux ignorent que votre école propose désormais des programmes sur l’IA ? Le réseau alumni reste le canal le plus direct pour leur présenter votre offre de formation continue.
Baptiste Massot cite l’exemple de l’INSEAD, qui offre deux jours de formation par an à sa promotion sortante. Les diplômés goûtent à l’offre de formation continue de l’école. Ils en deviennent ensuite les ambassadeurs auprès de leurs entreprises et de leurs réseaux.
L’ESBanque en a fait sa promesse aux partenaires. « Tu prends un diplôme chez nous, tu en prends pour toute ta vie », résume Sébastien Jannin. Depuis plus d’un an, une conférence d’actualité réunit chaque mois les alumni autour des sujets qui agitent la banque. Des « classes connectées » en petit groupe complètent l’offre, animées par des alumni intervenants sur l’IA, la data, la RSE ou le management agile.
Clermont teste le même mécanisme. Un enseignant-chercheur de l’école anime un webinaire pour les diplômés, avec 250 inscrits, avant une présentation de l’offre de formation continue. Anne Flippe-Meunier assume le principe : donner un peu, puis proposer d’aller plus loin.
L’appartenance, la raison qui porte les neuf autres
Baptiste Massot place le sentiment d’appartenance en tête. Sans lui, les neuf autres raisons restent difficiles à activer. Il se construit par des rituels : anniversaires de promo, événements récurrents, rendez-vous attendus d’une année sur l’autre. Rien qu’en octobre, Clermont célèbre trois anniversaires de promotion. Pour passer d’un réseau discret à une communauté active, notre replay « Du réseau zéro au réseau héros » donne d’autres pistes.
Engager sa communauté : créer ou recréer le sentiment d’appartenance à son réseau
Par où commencer avec un réseau alumni ?
Dix raisons, c’est beaucoup pour une équipe souvent réduite à une ou deux personnes. Nous avons donc conclu le webinar sur trois premiers pas :
- Remettre la base de données à jour. C’est le nerf de la guerre : sans données fiables, vous ne pouvez ni cibler, ni mesurer.
- Créer de la récurrence. Des rendez-vous réguliers installent des habitudes, et avec elles le sentiment d’appartenance.
- Offrir avant de demander. Une fois que vos diplômés profitent de vos services, vous pouvez leur demander du temps, de l’argent ou une intervention.
Anne Flippe-Meunier compare la suite à une boule de neige : un petit groupe actif finit par en entraîner un plus grand. Sébastien Jannin ajoute une étape en amont. Cadrez le projet et rencontrez ceux qui l’ont déjà mené avant de vous lancer. Quant à Baptiste Massot, il recommande surtout la persévérance. « Ce n’est pas parce que pendant six mois vous avez quatre personnes à vos rendez-vous que le septième mois, vous n’en aurez pas dix. »
Embarquer les autres services
Le réseau touche presque tous les services de l’école, il ne peut donc pas reposer sur une seule personne. Baptiste Massot conseille d’aller vers chaque service avec quelque chose de concret, dès le premier échange.
| Service | Ce que le réseau peut lui apporter tout de suite |
|---|---|
| Direction | Des tableaux de bord qu’elle n’a pas : taux d’insertion, localisation des diplômés, créateurs d’entreprise |
| Carrière | Des actions courtes avec des diplômés volontaires : journée portes ouvertes, jury, premier test de mentorat |
| Admissions | Quelques ambassadeurs disponibles pour le prochain salon étudiant |
Le fil rouge du webinar tient en deux idées. Tout part de la donnée et de l’appartenance. Et un réseau se fédère en donnant : à chaque membre de trouver le service qui le fera revenir. Les établissements qui avancent le plus vite ne sont pas forcément les plus anciens. L’ESBanque l’a montré en un an. Et votre réseau, à quel service rend-il déjà service sans que personne ne le mesure ? Pour aller plus loin, nous avons détaillé comment évaluer l’impact de votre réseau alumni.
Data, mentorat, ambassadeurs, formation continue : si l’un de ces sujets se pose chez vous, nos équipes sont disponibles pour en parler avec vous.
FAQ
Quelle différence entre un réseau alumni et une association de diplômés ?
L’association de diplômés est une structure, souvent sous le régime de la loi 1901, avec ses adhérents et sa gouvernance. Le réseau alumni désigne l’ensemble des diplômés et des liens entre eux. Il peut être animé par l’école, par l’association ou par les deux ensemble.
Faut-il faire payer l’accès à un réseau alumni ?
Pas forcément. L’ESBanque a choisi la gratuité au lancement pour se faire connaître, puis prépare une offre premium pour les formats plus riches. D’autres associations proposent une adhésion en heures de bénévolat plutôt qu’en euros.
Comment garder une base de données alumni à jour ?
Commencez par les diplômés dont la donnée est fraîche : jeunes promotions et ambassadeurs. Donnez ensuite des rôles aux membres, comme capitaine de promo, pour leur donner une raison de mettre leur profil à jour. Une mise à jour automatique régulière évite enfin les campagnes manuelles qui vieillissent vite. Nous détaillons cette approche dans votre base de données alumni 100 % à jour.
Comment sélectionner les mentors d’un programme alumni ?
Une charte du mentorat pose le cadre. L’ESBanque y ajoute un entretien de 15 minutes, mené par une cellule d’alumni, avec chaque mentor et chaque mentoré. Cet échange vérifie que le projet tient la route des deux côtés.
Combien de temps faut-il pour qu’un réseau alumni décolle ?
Il n’existe pas de délai type. L’ESBanque a lancé son réseau il y a un an et propose déjà mentorat, conférences mensuelles et classes connectées. Les intervenants du webinar insistent surtout sur la régularité : tenir des rendez-vous récurrents plusieurs mois, même avec une faible audience au départ.