L’alignement entre l’école et son réseau alumni détermine, bien plus que la technologie, la réussite d’une stratégie d’engagement des diplômés. Pourtant, dans de nombreux établissements, le principal frein reste invisible. Le plus souvent, il tient à un désalignement de fond entre l’institution et son association d’anciens, bien plus qu’à un outil manquant ou à un budget insuffisant. Or, tant que cette question n’est pas traitée, aucune plateforme ni aucune IA ne produira les résultats attendus. Voyons pourquoi ce sujet est central, et surtout comment le résoudre.
Le vrai frein : le désalignement, bien avant la technologie
Nous le constatons régulièrement sur le terrain : le manque d’alignement entre l’école et son réseau alumni est un problème structurant. Alain Goudey, directeur général adjoint en charge du numérique à NEOMA Business School, le formule sans détour lors des Rencontres Alumnforce 2026.
Il faut, à un moment donné, remettre l’humain au centre. Les approches en silo, les guerres de chapelle, le « c’est ma data, pas la tienne », tout cela nous bloque.
En France, deux modèles de gouvernance coexistent, ce qui explique en partie ces tensions. D’un côté, l’association indépendante, avec son budget propre, à l’image d’ESCP Alumni ou de TBS Alumni. De l’autre, le service intégré à l’école, comme chez KEDGE Alumni (Source : Planète Grandes Écoles). Ainsi, selon le modèle, les objectifs, les priorités et la propriété des données diffèrent. Dès lors, chacun peut avoir le sentiment de protéger un territoire.
Le problème est donc relationnel et politique, bien plus que technique. En effet, déployer une plateforme ou une IA sur une organisation désalignée ne résout rien. Au contraire, cela amplifie les frictions existantes. C’est pourquoi la première question à se poser porte sur l’intention : « partageons-nous un cap commun ? ». Le choix de l’outil vient ensuite.
Réseau alumni : sortir de la relation transactionnelle
Le second piège est celui de la relation à sens unique. Trop souvent, l’école ne sollicite ses anciens qu’à un instant précis : pour renseigner les classements, ou pour ouvrir leur portefeuille lors d’une campagne. En conséquence, le diplômé qui n’a pas eu de nouvelles depuis des années classe naturellement ces messages en indésirables. Benjamin Stevenin, directeur de la stratégie chez Headway Advisory, résume cette logique descendante qui épuise la relation avant même de l’avoir créée.
Les données confirment ce besoin de repenser l’approche. Le baromètre CASE Insights on Alumni Engagement 2024 fait référence en la matière. Il a analysé l’engagement des anciens de 394 établissements répartis dans 19 pays (Source : Council for Advancement and Support of Education). Surtout, ce référentiel mesure quatre formes d’engagement (communication, événements et expériences, philanthropie, bénévolat) plutôt que le seul taux de dons, jugé trop réducteur.
Par ailleurs, la même étude montre que les dons progressent à chaque décennie qui suit le diplôme, alors que la communication domine chez les jeunes diplômés. Elle représente d’ailleurs 57,5 % de l’engagement mesuré, contre 16,9 % pour la philanthropie. Autrement dit, l’engagement se construit d’abord par la communication et les événements, bien avant la contribution financière. En pratique, seuls 19 à 20 % des alumni sont engagés d’au moins une manière (Source : CASE Insights 2024). La marge de progression est donc considérable, à condition d’inverser la logique et de créer de la valeur en premier.
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La mise en relation qualifiée, un point de bascule
Comment renverser cette dynamique ? L’expérience de NEOMA est éclairante, car l’école et son réseau NEOMA Alumni travaillent désormais main dans la main sur la donnée. Adrien Ruggirello, délégué général de NEOMA Alumni, identifie un moment précis où la collaboration a réellement décollé : le chantier de la mise en relation qualifiée.
Quand nous avons commencé à travailler sur la mise en relation qualifiée, nous avons compris, l’un et l’autre, quelle était la valeur et la nécessité de la collaboration.
Concrètement, une base d’anciens réellement qualifiée change la nature des échanges internes. En effet, un professeur peut désormais demander un intervenant précis, dans une industrie donnée, et obtenir rapidement deux profils pertinents. De même, le service carrière peut relier un étudiant en recherche d’emploi à un ancien qui recrute. Ainsi, le réseau cesse d’être une simple liste pour devenir un levier opérationnel.
Ce basculement produit un cercle vertueux. Dès lors que l’école perçoit une valeur tangible, elle réengage la conversation sur un pied d’égalité. Adrien observe d’ailleurs que beaucoup de réseaux ont fini par perdre de vue leur raison d’être initiale. En repartant de la valeur mutuelle, chacun retrouve sa place. C’est là que l’IA joue un rôle utile, non pour remplacer la relation, mais pour maintenir la donnée à jour et rendre la mise en relation possible à grande échelle.
Alignement école et réseau alumni : construire une vision commune
Reste à ancrer cet alignement dans la durée. Pour Benjamin Stevenin, tout part d’une évidence trop souvent oubliée : l’interdépendance des deux structures.
L’association sans l’école n’existerait pas. S’il n’y a pas de mission commune, et qu’on est juste là pour défendre son pré carré, cela n’ira nulle part.
En pratique, l’alignement entre l’école et son réseau alumni repose sur quelques conditions concrètes que nous résumons ci-dessous.
| Condition | Ce que cela implique |
|---|---|
| Vision partagée au sommet | La direction de l’école et celle de l’association définissent ensemble le « pourquoi » avant le « comment ». |
| Valeur réciproque explicite | Chaque partie sait ce qu’elle apporte à l’autre, et pas seulement ce qu’elle attend en retour. |
| Donnée traitée comme un bien commun | La donnée alumni sert l’école, les carrières et les relations entreprises, plutôt qu’un seul service. |
| Preuve par le reporting | Un rapport standardisé montre en interne ce que le réseau produit réellement. |
Ce dernier point mérite une attention particulière. En effet, Benjamin Stevenin encourage les réseaux à exploiter leur donnée pour produire un reporting utile à la direction générale comme aux services carrières. De cette manière, l’association démontre sa contribution au lieu d’être perçue de loin. Enfin, la décision d’avancer ensemble reste avant tout un choix humain. Alain Goudey l’assume clairement : à défaut d’y parvenir avec son réseau, il aurait mené la transformation autrement. Néanmoins, la voie de la collaboration demeure la plus créatrice de valeur pour tous.
Conclusion
Sortir des guerres de chapelle relève donc d’un choix de gouvernance et de posture, bien plus que d’un chantier technologique. L’école et son réseau gagnent lorsqu’ils partagent une mission, qualifient leur donnée et prouvent leur valeur mutuelle. L’IA vient ensuite amplifier l’alignement entre l’école et son réseau alumni, à condition qu’il existe déjà. Dès lors, la vraie question devient : que voulez-vous faire ensemble de cette base, quel que soit son propriétaire ? Et si le prochain projet structurant de votre réseau était, tout simplement, une conversation franche avec votre direction ?
Chez Alumnforce, nous accompagnons chaque jour des écoles et des associations dans cette mise en cohérence. Pour en discuter, nos équipes sont à votre écoute.
FAQ
Qui doit être propriétaire de la base de données alumni ?
La propriété dépend du modèle de gouvernance retenu. Toutefois, l’enjeu réel n’est pas la possession, mais l’usage partagé. En pratique, la donnée gagne à servir à la fois l’école, les carrières et les relations entreprises, dans un cadre clair et respectueux du RGPD.
Comment aligner une association d’anciens indépendante avec son école ?
D’abord, en définissant une mission commune au niveau des directions. Ensuite, en explicitant la valeur que chacun apporte à l’autre. Enfin, en s’appuyant sur des projets concrets, comme la mise en relation qualifiée, qui rendent la collaboration tangible dès les premières semaines.
Pourquoi les diplômés ignorent-ils les messages de leur réseau alumni ?
Le plus souvent, parce que la relation reste transactionnelle. En effet, un ancien sollicité uniquement pour donner ou pour renseigner un classement se désengage. Dès lors, créer de la valeur en amont, par le contenu, l’entraide et les événements, rend les diplômés bien plus réceptifs.
L’IA peut-elle résoudre le désalignement entre l’école et l’association ?
Non, pas à elle seule. L’IA maintient la donnée à jour et facilite la mise en relation à grande échelle. Cependant, elle amplifie autant les forces que les faiblesses d’une organisation. Par conséquent, l’alignement humain reste un préalable indispensable.